'homophobie entre amis

De même que l’homophobie dans la famille, l’homophobie entre amis se révèle particulièrement insupportable, dans la mesure où elle implique des personnes de confiance, auxquelles on peut tenir énormément. Mais, au moins, on n’habite pas sous le même toit. Quand on passe beaucoup de temps ensemble, il peut devenir difficile de cacher que l’on est attiré par les personnes de son sexe. Parfois, il n’est
même pas question de cacher quoi que ce soit — parce que les autres ont "deviné" ou bien parce que la nécessité de dire est trop importante. Et puis, parfois, aussi, le ras-le-bol devant les mots qui blessent devient trop important, même si ces propos s’adressent à quelqu’un d’autre.

Au quotidien
L’homophobie des amis, elle est souvent là, déjà. Elle s’exprime dans des jugements hâtifs, des remarques haineuses, une hostilité envers un-e "qui en est". Comment dire quoi que ce soit, dans ces cas-là ? Il y a la peur de perdre un ami, une bonne copine. Ou la crainte d'être rejeté du groupe. Ce n’est parfois qu’une question de vocabulaire, lorsque certains se charrient à coups d’ "enculé", "goudou" ou "p’tit pédé", il suffit parfois d’une simple remarque pour les modérer. L’homophobie est aussi inacceptable que le racisme, et doit être combattue de la même manière. La condamner est une bonne façon de tester les sentiments d’autrui sur le sujet.
À l’inverse, il y a le silence – celui qui ne se rend compte de rien, qui ne semble même pas imaginer que les homos existent, le groupe où chacun doit être avec quelqu’un… du sexe opposé. Nous vivons dans un monde hétéronormé où il paraît évident, voire obligatoire, aux garçons de parler de filles et aux filles de garçons. Au-delà d’une homophobie prononcée, un-e jeune homosexuel-le peut se sentir particulièrement oppressé-e par cette norme supposée de l’orientation sexuelle. Elle l’amène parfois à se renfermer, à se sentir différent (voire anormal), à nier ses attirances ou du moins les cacher.
Et puis, il y a aussi ce sentiment curieux : que les autres l’ont "deviné" avant soi. Leurs allusions répétées, qui deviennent parfois très lourdes ; le sentiment d’être devenu le "pédé de service" ou la fille qui n’aime pas les garçons, alors que rien n’a été dit. Que rien même n’est sûr, si bien que les réactions démesurées des autres poussent à démentir. Leur intuition est souvent surprenante, même si tout change quand on la confirme.

L’après coming out
La plupart des ami-e-s réagissent bien, même certain-e-s homophobes notoires, avec un peu de dialogue et de sincérité. Comment se fait-il que ce ne soit pas toujours le cas ?
L’une des réactions courantes des amis du même sexe peut être de confondre cette amitié partagée avec un amour dissimulé. Lorsqu’un-e jeune homosexuel-le ou bisexuel-le se dévoile, ses proches amis peuvent se sentir menacés par les contacts physiques ou autres démonstrations de complicité, oubliant que (peu importe l’orientation) deux personnes peuvent se toucher ou s’apprécier sans aucune ambigüité. Un-e ami-e hétéro du même sexe a besoin d’être rassuré-e : pour certain-es, la parole suffira, pour d’autres une certaine distance peut calmer le jeu.
Les réactions en groupe sont souvent plus fortes, en bien ou en mal : il arrive que la personne homosexuelle devienne au mieux l’objet de sous-entendus appuyés, au pire un souffre-douleur désigné, ce qui peut l’amener à des conduites à risques ou à se renfermer petit à petit.

Solutions ?
Si ce n’est qu’un manque d’éducation ou de délicatesse, cela peut éventuellement être corrigé. Prendre ses amis un par un, leur expliquer au besoin ou même leur apprendre ce qui blesse ou non, peut s’avérer nécessaire. Pour d’autres, la situation ne changera pas. Peut-être parce qu’elle ne changera jamais. Peut-être parce qu’il est trop tôt, qu’il faut à ces amis plus de rencontres, de temps (ou même de lectures).
Pour parler de ce rejet, il est possible d’appeler la ligne de SOS homophobie. Les forums et autres lieux de conseils peuvent également apporter une aide face à ces comportements (voir la page liens).


Voir aussi :


Photos : 1/ Ryan Kelley dans une scène du téléfilm Prayers for Bobby. 2/ Extrait du film Memento Mori.




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