'homophobie en milieu scolaire

L’homophobie commence parfois par des insultes à l’école primaire, pas toujours bien comprises par ceux qui les utilisent. Forcément, c’est un peu flou. Le pire vient souvent au collège, parce que c’est le moment où il ne faut surtout pas être différent des autres. N’importe quel écart à la norme — dans le look, le comportement, les manières, l’attitude en classe — fait vite passer pour "pédé", "gouine" etc. En général, ça s’arrange au lycée, enfin pas toujours : ça dépend des lieux, des circonstances… Et si les élèves sont redoutables, les adultes ne sont pas forcément sans reproches : il y a ceux qui se voilent la face sur le harcèlement ou les violences, ceux pour qui le sujet est tabou ou embarrassant, ceux qui sont carrément homophobes (sauf qu’ils le cachent, la plupart du temps).
Bref, école, collège, lycée et même après : ce n’est pas toujours rose de découvrir qu’on est bi, gay, lesbienne ou trans dans cet environnement. Et pourtant, c’est aussi là, souvent, qu’on éprouve les premiers sentiments très forts, pour un garçon, une fille, ou les deux. Il y a aussi ce lieu compliqué — les vestiaires — où l’on a peur de se trahir d’un regard.

L’homophobie est-elle une fatalité ?
Heureusement, l’homophobie en milieu scolaire est désormais reconnue comme une réalité et un problème : l’État mène des campagnes de prévention, fait circuler des directives, des informations ; les adultes sont sensibilisés à la
question et, pour la plupart d’entre eux, de plus en plus informés. Il faut néanmoins de la volonté, de la part du personnel de direction, des enseignants, des CPE, des infirmières, pour que les choses avancent et que les comportements homophobes ne restent pas impunis.
Car c’est souvent le problème : l’impunité. Il faut avoir le courage de dénoncer l’insulte, le rejet, les discriminations ou le harcèlement. Entre la crainte de passer pour une balance et celle de ne pas être écouté-e, sans parler de l’angoisse de devoir dire quelque chose d’intime à une personne qu’on ne connaît pas très bien, dont on ignore comment elle va réagir : il y a tant de raisons de se taire. Pourtant, le silence n’arrange que ceux qui harcèlent, et qui sont souvent plus forts, plus nombreux.
Aujourd’hui, quand on a été insulté-e, qu’on a subi des coups, une mise à l’écart, voire pire, en raison de son orientation sexuelle (supposée) ou de son identité de genre, ou quand on a été témoin d’actes homophobes, il ne faut plus (se) laisser faire.

À qui s’adresser ?
Il y a bien des chemins. Tout est affaire de confiance : il faut aller vers les adultes en qui on a le plus confiance. Ça peut être les parents, si les choses sont claires avec eux : leur intervention a du poids. Sinon, ce peut être un-e prof avec lequel/laquelle le contact est bon, ou un-e CPE, ou l’administration, directement. Et puis il y a l’infirmière scolaire. Tenue au secret professionnel, elle doit préserver l’anonymat (par rapport aux parents en particulier). Et si l’adulte ne réagit pas rapidement, semble faire traîner les choses, il ne faut pas hésiter à le-la relancer, ou à se tourner vers quelqu’un-e d’autre.

Le ministère de l’Éducation Nationale a notamment lancé fin janvier 2012 un site contre le harcèlement à l'école : nonauharcelement.education.gouv.fr. Vous pourrez y trouver des outils pour les victimes, mais aussi pour les témoins, parents et professionnels de l'éducation. Pour en parler, vous pouvez contacter leur ligne téléphonique (le 30 20, gratuite, ouverte de 9h à 18h). Par ailleurs les académies sont désormais dotées de postes de "référent harcèlement" auxquels on peut faire appel.
En général, quand il s’agit simplement de faire intervenir un adulte pour faire cesser une situation d’homophobie, comme les agresseurs se cachent rarement et sont souvent très fiers de leur comportement, il est assez facile de les "coincer". Maintenant, il en va de l’homophobie en collège ou en lycée comme ailleurs : il faut parfois (mais pas toujours) avoir des preuves de ce que l’on avance, en particulier face à l’administration. Et s’il n’y avait pas de réaction, il y a toujours la possibilité de faire appel à des intervenants extérieurs (association de parents, SOS homophobie en appelant la ligne d’écoute, etc.).

Faire de la prévention
Résoudre un problème, c’est bien. Faire en sorte qu’il ne recommence pas, c’est mieux. Et pour ça, l’idéal est de faire changer les mentalités. Parfois, certains camarades de classe peuvent jouer un rôle surprenant, surtout quand ils sont écoutés. Mais on n’a pas toujours cette chance. Certains enseignants essaient de faire réfléchir leurs élèves sur l’homophobie, de façon plus ou moins appuyée. Parfois, pour eux comme pour les camarades, c’est compliqué, car c’est un engagement personnel : celui/celle qui lutte contre l’homophobie peut être étiqueté-e comme homosexuel-le, même si cette interprétation est souvent idiote. A-t-on besoin d’être noir ou arabe pour lutter contre le racisme ? D’être une femme pour rejeter le sexisme ?
Depuis la fin des années 1990 s’est développée la pratique des interventions en milieu scolaire (IMS) pour lutter contre l’homophobie. Elles sont réalisées par une grande diversité d’associations : spécifiques, comme Contact, Le MAG, Couleurs gaies ou SOS homophobie, ou luttant pour les droits humains en général (dans ce cas, elles abordent les discriminations de manière plus globale). N’importe quel membre du personnel d’un établissement scolaire peut prendre l’initiative de demander qu’on en organise et de contacter telle ou telle association. Mais il faut aussi l’accord du chef d’établissement. Elles sont basées surtout sur la discussion avec les élèves : il s’agit de leur faire comprendre un certain nombre de réalités et de leur faire réaliser que l’homophobie, c’est la même chose que le racisme, la xénophobie, et toutes les formes de discrimination.
Un-e élève peut jouer un rôle majeur, en incitant un membre du personnel éducatif à faire la démarche. SOS homophobie reçoit régulièrement des demandes dans ce sens, et fournit documents et arguments pour convaincre les administrations. On peut notamment écrire aux responsables des interventions en milieu scolaire (pour l’organisation des interventions).

 

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