Grandir dans une famille homoparentale

par Olivier Vecho, maître de conférences en psychologie à l’Université Paris Nanterre
 

A propos des enfants élevés par des parents gays ou lesbiens…

 

De nos jours, beaucoup de personnes homosexuelles ou bisexuelles souhaitent devenir parents. D’autres s’y opposent, notamment parce qu’elles pensent qu’un enfant ne peut se construire de façon satisfaisante et s’épanouir dans la vie que s’il est élevé par un père et une mère. Les mentalités évoluent progressivement en ce qui concerne les familles homoparentales, comme elles ont évolué vis-à-vis des enfants de parents divorcés ou élevés par un seul parent.

Que sait-on d’un point de vue scientifique sur le devenir des enfants élevés par des parents homosexuels ?

Dès les années 1970, avec l’augmentation du nombre de familles homoparentales, des chercheur/se-s en psychologie et d’autres disciplines se sont penchés sur la question. Depuis cette époque, plus de 1000 articles scientifiques ont été publiés sur l’homoparentalité dans le monde, dont plus de 120 ont précisément examiné le développement des enfants élevés dans ce type de familles. Ces études sont utiles, non seulement parce qu’elles permettent de mieux connaître ces familles et donc de mieux les soutenir lorsqu’elles en ressentent le besoin, mais aussi parce qu’elles nous apprennent des choses sur la famille et le développement des enfants en général : elles amènent à avoir un nouveau regard sur ce qu’est une famille de nos jours et à questionner les connaissances que l’on a depuis longtemps et qu’il est nécessaire de compléter et de mettre à jour.

Quels sont les résultats de ces études ?

Ces études montrent globalement qu’il n’y a pas de différence, d’un point de vue psychologique, entre les enfants élevés par des parents homosexuels et les autres. Ainsi, par exemple, on apprend que les enfants de parents homosexuels ne deviennent pas plus souvent homosexuels que les enfants des autres familles, qu’ils n’ont pas plus de comportements délinquants et qu’ils ne consomment pas plus de drogues, ou encore qu’ils ne sont pas plus anxieux ou dépressifs. Les études montrent aussi qu’ils arrivent à développer des relations sociales satisfaisantes (par exemple avoir des ami-e-s) et qu’ils ont de bonnes relations avec leurs parents. Ils ont une aussi bonne estime d’eux-mêmes que les autres enfants et ils sont aussi intelligents que les autres !

Bien sûr, ces études font l’objet de débats scientifiques, comme toutes les études conduites dans bien d’autres domaines. Par exemple, les premières études avaient notamment pour défaut de « mélanger » les enfants de différents types de familles comme s’ils vivaient tous la même expérience. Ainsi, on examinait, sans les distinguer, des enfants issus de couples hétérosexuels qui s’étaient séparés et dont un parent s’était mis ensuite en couple avec une personne du même sexe, mais aussi des enfants de couples de femmes  conçus par insémination, voire même des enfants adoptés. Pourtant, ces situations sont différentes : les premiers ont vécu la séparation de leurs parents, les seconds ont toujours connu la même situation familiale avec deux parents du même sexe, les troisièmes ont pu connaître des événements difficiles dans leur vie (par exemple la perte de leurs parents) qui ont conduit à leur adoption. Mais avec le temps, les études sont devenues plus rigoureuses et nous avons maintenant davantage d’informations sur des groupes spécifiques d’enfants, surtout sur les enfants de couples de femmes conçus par insémination et sur les enfants adoptés. Les situations des enfants conçus par GPA avec deux pères et des enfants nés d’une coparentalité sont encore peu étudiées.

Bien entendu, la quasi absence de différence observée dans les études ne signifie pas que tous les enfants de familles homoparentales vont bien. Elle signifie qu’en général ils vont aussi bien que les autres. Comme dans les autres types de familles, les enfants de familles homoparentales peuvent en effet rencontrer des difficultés. Par exemple, ils peuvent avoir des difficultés à être acceptés par les autres parce qu’ils ont des parents homosexuels et que ça n’est pas complètement accepté dans la société. Ils peuvent aussi avoir peur d’être rejetés parce qu’ils n’ont pas une famille « comme les autres » et cacher leur situation familiale. Ce sont généralement ces situations qui leur posent problème. En effet, des études montrent que les enfants victimes de stigmatisation se sentent dévalorisés, ont des problèmes d’agressivité, d’anxiété ou de dépression. Pour faire face à ces problèmes, il est important qu’ils connaissent d’autres enfants dans leur situation afin de ne pas se sentir seuls et que les parents les préparent et les aident à affronter ces difficultés quand elles arrivent. L’école a aussi un rôle à jouer pour que chacun et chacune soit traité-e sans discrimination et puisse construire sereinement leur avenir.

Pourquoi n’observe-t-on pas de différences importantes entre les enfants de familles homoparentales et les autres ?

Sans doute parce que le développement d’un enfant se fait dans un environnement social large qui ne se limite pas à ses parents. C’est vrai pour tous les enfants en général. Ils sont entourés d’une famille, d’ami-e-s, ils vont à l’école, etc. Ils sont donc influencés par beaucoup de choses et beaucoup de personnes tout au long de leur développement.

Sans doute aussi parce que l’être humain est capable de s’adapter à des contextes familiaux divers. On sait d’ailleurs que dans le monde il existe des formes différentes de familles, certaines où des enfants sont élevés uniquement par des femmes, d’autres où les enfants sont élevés par tout un village, et pas par un père et une mère.

On a longtemps pensé, et certaines personnes le pensent encore, que les mères et les pères devaient jouer des rôles bien différents auprès des enfants, notamment que les mères devaient apporter leur affection et prendre soin des enfants au quotidien, et que les pères devaient leur apporter la sécurité et l’ouverture sur le monde. On voit de plus en plus que ces missions peuvent être remplies par un parent, qu’il soit un homme ou une femme, ou par d’autres personnes dans l’entourage de l’enfant.

Finalement, grâce aux études qui sont menées sur la famille depuis plusieurs décennies, on finit par comprendre que ce n’est pas tant la façon dont est constituée une famille qui est important, mais la façon dont elle fonctionne, dont les parents éduquent leurs enfants, les entourent d’affection, les soutiennent et les protègent pour les aider à grandir et à devenir autonomes. Cela dépend aussi beaucoup de la façon dont les parents s’entendent pour réaliser toutes ces tâches, des moyens dont ils disposent pour le faire, de leur état de santé physique et psychologique. Cela dépend encore de la qualité des relations entre les parents et les enfants. Ces tâches sont plus faciles à assumer lorsqu’il y a deux parents, mais un parent seul peut aussi y parvenir.

Et ce n’est pas parce que des parents sont deux hommes ou deux femmes qu’ils sont semblables et qu’il manquera quelque chose dans l’éducation qu’ils donneront à leurs enfants. Deux pères ou deux mères peuvent être aussi différents et complémentaires qu’un père et une mère. Même s’ils sont deux hommes ou deux femmes, ils ont leur propre personnalité, leurs propres envies et compétences, leurs propres qualités et défauts, leur propre histoire personnelle et familiale, etc. C’est tout cela qui les amène à être les parents qu’ils sont, bien plus que leur orientation sexuelle…

De ce point de vue, être gay ou lesbienne n’empêche pas d’être parent !
 

Olivier Vecho
Site internet : oliviervecho.free.fr


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