ossier : Jeune et LGBT en 94

Guillaume, 16 ans en 1994

 

Peux-tu nous décrire l’ado que tu étais en 1994 ?
Étudiant studieux, entouré d’ami-e-s, plutôt à l’aise en famille et au lycée. J’ai le souvenir d’une période assez heureuse, malgré le décalage qui commençait à se manifester dans ce climat d’éveil à la sexualité : les amourettes se multipliaient autour de moi, alors que j’étais plutôt  observateur. Je n’avais aucune conscience de mon homosexualité même si, avec le recul, je me rends compte que j’étais amoureux d’un de mes camarades en 3e et que mon regard sur certains garçons n’était pas désintéressé. J’étais assez aveugle à mes désirs et à ceux des autres, notamment aux appels du pied de certaines filles. Je ne me suis jamais forcé, je n’ai jamais eu de copine pour faire comme les autres.
 
A quel moment as-tu fait ton coming out ?
Dès que j’ai eu une première histoire (au début des années 2000), j’en ai parlé avec tout mon cercle amical, composé alors exclusivement d’hétéros. Dans les six mois suivants, une amie très proche a rencontré sa première copine et un autre son premier copain, c’était assez drôle ! Mes autres ami-e-s sont resté-e-s les mêmes et n’ont pas changé de comportement envers moi. Avec mes parents ça a pris plusieurs années, j’avais autour de trente ans quand je l’ai évoqué au détour d’un mail, après une rupture qui m’avait vraiment affecté. Je savais que ma famille n’était pas homophobe mais ça n’a pas rendu l’annonce facile pour autant. La situation a été accueillie très naturellement et avec bienveillance. Ma mère m’a confié depuis qu’elle avait envisagé que je sois homo dès mon enfance, mais a simplement imaginé que le cas échéant, je le dirais. C’était respecté et bienveillant, même bien naïf. Comment faire quand l’homosexualité est une option invisible ou inacceptable dans la société ?
 
Est ce que tu penses que tu aurais été un ado différent si tu étais ado aujourd’hui ?
C’est très difficile à dire ! Je ne regrette pas la lenteur de mon parcours, mais je suis fasciné par celles et ceux qui comprennent et vivent au grand jour leur identité LGBT dès l’enfance ou l’adolescence. Cela me semble tellement loin de ce que j’ai été. Je suppose que si j’étais ado en 2019, je dévorerais en cachette des tas de documents qui m’aideraient à mieux me connaître et à m’accepter. Je trouverais peut être aussi plus facilement des garçons comme moi.
 
Qu’est-ce qui te semble avoir changé pour les ados entre 1994 et aujourd’hui ?
Je pense que la meilleure visibilité des personnes LGBT, leur reconnaissance par l’État et surtout l’existence d’Internet changent beaucoup de choses. A l’époque, quand on parlait des gays dans les médias, c’était généralement par rapport à l’épidémie de SIDA. Aujourd’hui, on peut trouver des modèles, des communautés spécifiques, des espaces d’expression qui peuvent servir d’échappatoires, de moyens d’épanouissement ou de soutien. Les réseaux sociaux sont à double tranchant : on peut s’y serrer les coudes, mais aussi y voir et subir les LGBTphobies de façon virulente.
 
Lorsque tu as découvert que tu étais LGBT, vers quelles ressources t’es-tu tourné ?
Lors d’un séjour à Paris, en parcourant la bande FM sur mon walkman, j’ai découvert la radio Fréquence gaie. Je ne m’identifiais pas encore comme tel mais cela m’a fait entrevoir un monde inconnu jusque là. J’écoutais une émission légère dans laquelle de vrais êtres humains discutaient, rigolaient, se draguaient… Fréquence Gaie donnait de la visibilité aux personnes LGBT. C’était intéressant à découvrir.
 
Est-ce qu’il y a des séries, films ou livres LGBT qui t’ont marqué quand tu étais ado ?
Une des rares et premières représentations d’homme gay que j’ai eue a été dans le film Le Déclin de l’empire américain, que mes parents m’avaient permis de voir avec eux à la télé. Malheureusement, je n’avais pas connaissance de livres avec des personnages auxquels j’aurais pu m’identifier, je n’ai donc pas eu de lectures marquantes à ce moment-là.
 
Aurais-tu un conseil à donner aux ados de 2019 ?
Soyez bienveillant-e-s envers vous et les autres. Si cela ne va pas, cherchez des allié-e-s, ils /elles sont à portée de clic.
 


                          Plan du site                        Qui sommes-nous ?                          Mentions légales                          Crédits Photo