ortrait : Emma Portner
 
 
Emma Portner est une jeune chorégraphe qui pourrait bien révolutionner le monde de la danse. Née le 26 novembre 1994 à Ottawa (Canada), elle commence à danser à l’âge de 3 ans. C’est une petite fille calme et solitaire dont la danse est l’unique passion. Elle étudie à la National Ballet School of Canada mais renonce vite à la danse classique : "Je voulais m’exprimer d’une manière très libre et je pensais que la danse classique ne me le permettrait pas". Elle crée ses premières chorégraphies dès l’âge de 14 ans et quitte à 16 ans le Canada pour New York où elle découvre la danse contemporaine à la Ailey School.
Un stage d’été dans une compagnie montréalaise, RUBBERBANDance, va marquer Emma pour toujours. Elle a 17 ans et suit chaque jour un cours d’improvisation. Cependant, elle  se sent bloquée et n’ose pas se lancer. Un jour, Anne Plamondon - co-fondatrice de la compagnie - lui dit : "Vous gardez votre talent pour vous. C’est de l’égoïsme". Portner se lance enfin, laissant les autres élèves médusé-e-s devant sa prestation. L’expérience débloque complètement Emma, tant du point de vue de la danse que de celui de la chorégraphie. La même année, les American Dance Awards la nomment "jeune chorégraphe de l’année". Ses débuts professionnels ne sont pas sans problèmes : elle galère pour payer ses studios de répétition et monte avec difficulté des spectacles qu’elle produit elle-même et qui ne déplacent que peu de monde.
 
Mais la galère est de courte durée puisqu’elle n’a que 20 ans quand, en 2015, elle chorégraphie et danse un clip pour la chanson de Justin Bieber Life Is Worth Living. La vidéo est vue par 50 millions de personnes et le public pose définitivement un regard plus qu’attentif sur la chorégraphe Emma Portner. Tout à coup, les propositions de travail se bousculent. Elle enchaîne de nombreuses vidéos musicales et des shows télévisés. En 2017, elle réalise la chorégraphie d’une comédie musicale rock : Bat Out of Hell, sur une musique de Jim Steinman. En août 2018, elle crée Femme debout (photo ci-dessus) et en septembre For all its fury pour la compagnie Hubbard Street Dance Chicago. La fulgurance de son succès est quelque chose de rarissime dans le monde de la danse. Sa notoriété est désormais internationale.
En 2019, Emma Portner réalise un ballet contemporain appelé New Portner pour le New York City Ballet, une des compagnies de danse classique les plus importantes des Etats-Unis. "Il n’y a pas beaucoup de jeunes femmes queer à qui l’on propose de telles choses ! [dit-elle] Je suis fière de faire partie de cette révolution".
 
La danse d’Emma Portner défie toute catégorisation : danse contemporaine certes, mais les influences sont multiples (hip hop, jazz, classique). Le résultat est très émotionnel, intense, déstabilisant. "Il y a toujours une part de gravité dans ses chorégraphies" dit Keanu Uchida, qui danse avec elle depuis leur enfance. Emma semble en tout cas avoir une énergie dévorante qu’il est indispensable de faire sortir de toute urgence. Sa danse fait table rase du sexisme. Emma Portner fait danser hommes et femmes à égalité, chacun-e pouvant non seulement exprimer toute la gamme possible des émotions mais bouger librement, loin des stéréotypes qui décident que tel ou tel mouvement est "masculin" ou "féminin". Dans ses chorégraphies, on peut voir des portés entre femmes. Chez elle, les corps des danseuses peuvent dégager force et puissance. Grâce à Portner, on voit enfin des femmes danser entre elles des pas de deux*. Une brèche est maintenant ouverte dans laquelle, on l’espère, nombre de femmes chorégraphes vont s’engouffrer. Jusqu’à présent, seuls des hommes - notamment Maurice Béjart - avaient fait entrer l’homosexualité dans le ballet, en chorégraphiant des pas de deux pour hommes. Maurice Béjart, cependant, valorisait à l’extrême le corps masculin, reléguant les femmes au deuxième plan. Rien de tel chez Emma Portner, profondément anti-sexiste. Le fait d’être "queer" (c’est elle qui choisit ce mot) influence, donc, ses créations. Même quand, a priori, cela n’a rien à voir avec le ballet, assure-t-elle. C’est toujours là, en elle… forcément.
 
En mai 2017, l’actrice Ellen Page découvre le
s chorégraphies d’Emma Portner et la contacte via son compte Instagram. Les deux femmes décident de se rencontrer : c’est le coup de foudre. Leur histoire d‘amour démarre au quart de tour et Portner n’en est pas vraiment surprise. Elle explique : "Je me souviens qu’un jour - j’avais 12 ans - je regardais un film où jouait Ellen Page et mon amie m’a dit : "Tu lui ressembles, à cette fille !" Je savais qu’un jour, on se rencontrerait. J’ignorais seulement quand et comment.” Les deux artistes se marient en secret et officialisent publiquement leur union le 3 janvier 2018. Leurs messages sur Instagram sont presque identiques : "Je n'arrive pas à croire que je puisse appeler "mon épouse"  cette femme extraordinaire!" dit Ellen Page. "J'appelle désormais "MON ÉPOUSE" cette femme incroyable ! Ellen Page, JE T’AIME !" écrit Emma. Elles vivent aujourd’hui ensemble à Los Angeles.
Les deux femmes collaborent sur le plan artistique. Ce n’est pas parce que l’on épouse une danseuse que l’on sait danser pour autant. Ellen Page n’avait jamais pratiqué la danse de sa vie et l’idée de le faire en public la terrifiait. Pourtant, elle a dû sauter le pas quand son épouse a créé pour elles un pas de deux amoureux :  Slack Jaw. Remarquons qu’Ellen Page se sort très bien des difficultés techniques de cette chorégraphie. C’est confirmé : l’amour fait des miracles !
Depuis  Slack Jaw, Ellen Page est apparue plusieurs fois dansant avec sa compagne, sur YouTube ou sur le compte Instagram d’Emma. Le couple a collaboré sur plusieurs projets : citons notamment une chorégraphie réalisée pour la compositrice de musique électronique Julianna Barwick ou encore An exclusive performance for T où Ellen Page chante une chanson de Nelly Furtado I’m Like a Bird en s’accompagnant à la guitare tandis qu’Emma Portner danse. Rien ne les rend aussi heureuses que de créer quelque chose ensemble, disent-elles et Ellen Page, qui rêve de passer derrière la caméra, espère bien un jour "diriger" sa femme. En attendant, chaque matin, Emma improvise en studio et se filme. Elle soumet toujours son travail à Ellen. Celle-ci dit d’ailleurs que la danse d’Emma - "la façon dont elle utilise son corps pour dire quelque chose" - a influencé son travail d’actrice.

 

Le soudain et spectaculaire succès est parfois difficile à vivre pour Emma, sur le plan psychologique. La gloire inattendue a en effet mis à la fois son travail mais aussi sa vie privée sur le devant de la scène. "Il y a un "avant" et un "après"… "Personne ne vous prépare à ça" dit-elle et elle ajoute : "Plus vous avez du succès, plus vous devenez une cible. Je me sens reconnaissante et heureuse mais je dois être prudente : ni mon corps ni mon esprit ne sont faits pour affronter une telle pression". Mais fondamentalement, rien n’a changé. La danse est toujours sa ligne de vie, "son carburant, […], ce qu’elle veut partager avec le monde" dit-elle. Sa consolation, elle la trouve d’ailleurs… dans la danse : "C’est quand je danse que je me sens le plus en sécurité". Ses désirs pour l’avenir ? Elle aimerait s’essayer à la comédie, à la direction d’acteurs et aussi passer davantage de temps avec son épouse, qu’elle voit trop peu en raison de leurs carrières très exigeantes.
 
* Pas de deux : chorégraphie écrite pour deux personnes, le plus souvent une danse amoureuse.


 
 


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