ortrait : Laverne Cox

 
Laverne Cox est une des personnalités LGBT phares de 2014, année durant laquelle elle a multiplié les apparitions médiatiques. Actrice et productrice américaine, elle a rencontré le succès grâce à son rôle dans la série Orange is the new black, produite et diffusée depuis 2013 par Netflix. Elle y interprète Sophia Burset, femme trans afro-américaine incarcérée dans la prison pour femme de Litchfield suite à des vols de cartes de crédit qui lui permettaient de financer sa transition. Le succès de la série en général et de son personnage en particulier, couplé à sa personnalité et son charisme, lui ont permis de devenir la première femme trans de l’histoire à faire la une du Time en juin 2014. Cette tribune lui permet de parler de son histoire et de la condition de la communauté trans aux États-Unis aujourd’hui.

Née dans la ville de Mobile en Alabama, elle est élevée avec son frère jumeau par une mère célibataire et connaît une enfance et une adolescence difficiles, victime de brimades et d’insultes pour son comportement jugé trop féminin. Vers l’âge de 8 ans, elle se rend compte de sa différence lorsque sa professeure convoque sa mère pour lui dire d’aller consulter un spécialiste parce que “[son] fils finira à la Nouvelle Orléans avec une robe sur le dos”. Jusqu’alors, Laverne Cox était persuadée qu’il n’y avait aucune différence entre les filles et les garçons et qu’elle allait naturellement devenir une fille à la puberté. Mais suite à cet épisode traumatisant, elle a commencé à ressentir une profonde honte sans jamais pouvoir réprimer son côté féminin, la poussant jusqu’à une tentative de suicide à l’âge de 11 ans, peu après s’être rendue compte qu’elle éprouvait de l’attirance pour certains garçons de sa classe. Lorsqu’elle revient sur ces années difficiles, quand ses proches, son église et ses camarades essayaient de brider et de contrôler son genre, elle dit souvent que ce sont sa créativité, son amour pour la danse et son envie de réussir qui lui ont permis de survivre. Bonne élève, elle parvient à intégrer l’Alabama School of Fine Arts avant de partir pour New York et compléter sa formation, passant de la danse à la comédie au sein de du Marymount Manhattan College.
Pour minimiser les insultes et la honte qu’elle ressent (sans grand succès), elle cultive un look androgyne, ne pouvant se défaire complètement de sa féminité. Et c’est d’abord en tant que gay qu’elle fait son coming out à l’université avant de rencontrer les femmes trans qui vont changer sa vie. À leur contact, elle se défait de ses préjugés et de l’image négative qu’elle entretenait sur les personnes trans. Ces femmes lui permettront de s’assumer et d’entamer sa transition. Dans son témoignage pour la campagne It gets better*, elle raconte comment l’éloignement avec sa ville d’origine et sa mère ont également été une étape nécessaire pour se libérer et s’assumer pleinement.

À la fin des années 2000, son envie de percer la pousse à participer à l’émission de télé-réalité I want to work for Diddy (traduisez Je veux travailler pour Diddy). Laverne y affronte d’autres candidat-e-s pour décrocher le poste d’assistant-e personnel-le de Puff Daddy (célèbre rappeur et producteur de musique américain) ; sa personnalité et son professionnalisme l’emmènent jusqu’à la cinquième place. Femme d’ambition, ce premier succès lui permet de produire et de présenter l’émission TRANSform Me sur la chaîne VH1. Avec deux autres femmes trans, elle relooke des femmes cisgenres mal dans leur peau. Si elle parvient à décrocher plusieurs rôles dans des films indépendants et à faire quelques apparitions dans des séries à succès (New York, Unité spéciale), il n’est pas facile pour elle de sortir des rôles stéréotypés qu’on attribue aux acteurs et actrices transgenres. C’est pourquoi elle vit comme une étape clé de sa carrière son rôle dans le film Musical Chairs réalisé par Susan Seidelman en 2011. Elle y joue une femme trans handicapée, sexy, drôle et intelligente, qui intègre une compétition de danse de salon en fauteuil roulant. Ce rôle lui vaut de remporter le prix du Meilleur second rôle féminin au Festival du film indépendant du Massachusetts. Le succès et la reconnaissance du grand public arriveront peu de temps après lorsqu’elle décroche son rôle dans la série Orange is the new black, rôle qui lui permettra de devenir la première femme trans de couleur à être nommée pour un Emmy Awards.

 
 

Parallèlement à sa carrière, son histoire et ses difficultés l’ont toujours poussée à s’engager pour la cause trans. Au travers de tribunes publiées dans le Huffington Post ou dans ses nombreuses interviews qui lui servent de plate-forme pour donner une voix à la communauté trans auprès du plus grand nombre. Toujours avec le calme et la bienveillance qui la caractérisent, elle témoigne en s’efforçant de faire entendre la diversité des parcours de transidentité. C’est certainement son approche pédagogique mais aussi critique, posée mais toujours déterminée lorsqu’elle parle de ces sujets qui font d’elle une des porte-paroles emblématiques de la communauté trans aujourd’hui. L’association GLAAD** a d’ailleurs choisi de récompenser son engagement en lui décernant le prix Stephen F. Kolzak*** en avril 2014, remis des mains d’Ellen Page. Cet engagement se manifeste également dans plusieurs projets qui lui tiennent à coeur. Elle a produit et présenté un documentaire qui suit le parcours de jeunes trans de 12 à 24 ans (Laverne Cox presents: The T Word) diffusé en octobre 2014 aux Etats-Unis sur les chaines Logo et MTV. Elle participe à la réalisation du documentaire Free Cece qui relate l’histoire de Cece MacDonald, jeune femme trans de couleur condamnée à 3 ans et demi de prison pour homicide involontaire après s’être défendue contre un agresseur transphobe et raciste, et qui a été incarcérée en mai 2012 dans la prison pour hommes de Saint Cloud. Laverne Cox est allée l’interviewer dans cette prison et était présente au moment de sa libération le 13 janvier 2015.

En dehors de ce type de projets plus militants, l’actrice continue de faire des apparitions dans quelques séries américaines (Faking it, The mindy project, …) et fait partie du pilote de la nouvelle série de CBS, Doubt, dans laquelle elle joue le rôle d’une avocate trans.


*It Gets Better: c’est le nom d’une campagne de sensibilisation américaine pour éviter le suicide des jeunes LGBT grâce à une série de vidéos qui mettent en scène des homosexuel-le-s adultes racontant comment leur vie s’est améliorée.

**GLAAD: Gay & Lesbian Alliance Against Defamation que l’on peut traduire par Alliance Gay & Lesbienne contre la diffamation.

***Le prix Stephen F. Kolzak récompense chaque année une personnalité LGBT du monde médiatique pour son travail dans la lutte contre les LGBTphobies.


 


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