émoignage

Aime-toi !
Je suis de nature très pudique, je ne suis pas quelqu'un qui aime se plaindre et je préfère garder mes émotions pour moi. Alors, j'essaye de toujours garder le sourire. Je me dis que ça peut faire du bien aux autres de voir quelqu’un de souriant. Mais, au fond de moi, je suis quelqu’un de profondément triste. J’ai cru un temps, que j’arriverais à être heureux seul par la force des choses. Que le temps pansait les blessures. Mais je me rends compte maintenant qu’il faut que je m’exprime, que je parle vraiment de moi. Si je suis triste, c’est parce que je ne m’aime pas. Il y a deux raisons à cela. D’une part, la façon dont les autres m’ont rejeté, d’autre part la façon dont je me suis rejeté.

Quand j'étais enfant, je n’étais pas comme les autres, personne n’est comme les autres mais je veux dire que je n’avais pas les mêmes centres d’intérêt ! Le football et les trucs de mecs, c'était pas pour moi, ni même les trucs de filles d'ailleurs. Je préférais les sciences et l’Histoire. J'étais cultivé et j'avais cette vision du monde particulière que j'ai conservé, je crois. Je trouvais les conversations d'adultes bien plus intéressantes. "Il faut que tu te fondes dans la masse" me disait ma maîtresse. Dans la cour de récré, au football, j'étais toujours choisi le dernier.
En CM1, j’ai dû consulter un psychologue parce que je me retrouvais vraiment seul et que j’étais la victime d’un autre garçon de ma classe plus âgé et très influent
il était très impressionnant pour les autres garçons de mon âge.
Durant ma phase pré-adolescente vers 11 ans, quand j‘étais au collège, je me cachais le midi, pour pleurer et aussi pour éviter que des camarades viennent se moquer de moi. Cette année-là encore, je suis allé consulter un psychologue. Autant vous dire que dans la construction d’un garçon de cet âge, le développement de l’amour-propre n’a pas été réellement présent. Au contraire, j’ai plutôt perdu le peu de confiance que j’avais en moi. L’année d’après, j’ai eu mes premières attirances pour les garçons. Au début, je me disais que c'était normal, je ne savais pas vraiment ce qu’était l’homosexualité. Et puis, j’ai compris que je serais toujours attiré par les garçons. Et là, je découvre que je suis homosexuel. Je repense à toutes les remarques homophobes de mes oncles et tantes. Je repense à toutes les insultes proférées dans la cour de récréation. Et seul, le soir, dans mon lit, j’ai prié. Tous les soirs. Puis, j’ai pleuré, tous les soirs. "Pourquoi moi ?" Et j’ai essayé de me convaincre que j'étais aussi attiré par les filles, que j'allais fonder une famille, que jamais personne ne connaîtrait ce honteux secret. Malgré cela, cette année là, j’ai été protégé de toute la violence que les autres pouvaient m’apporter grâce à une personne à qui je dois beaucoup. La violence émanait de moi.
L’année d’après, ça n’était plus tout à fait pareil, je me faisais insulter dans les vestiaires et les personnes avec qui je pensais bien m’entendre se moquaient de moi. Mais l’année la plus marquante de mon collège, c’est la dernière, celle où une partie de la France a choisi de défendre la "famille" au détriment du mariage homosexuel. J’étais perdu dans ma sexualité, à ce moment, parce que je n’arrivais pas à accepter mon homosexualité. Les manifs pour tous ont largement participé à ma déconstruction, dans le sens où elles ont été très violentes pour un jeune garçon de 14 ans qui se posait des questions sur sa sexualité.
Avec le recul, j’ai vraiment l’impression d’avoir loupé quelque chose dans ma construction.

Au lycée , toutes mes relations ont été superficielles, je n’ai pas été capable de parler de mon homosexualité, j’ai plutôt subi. Et je me suis enfermé. J’avais peur, peur que le regard qu'on porte sur moi change. Peur de ne plus avoir les mêmes relations avec les gens que j'aime... Et puis je ne me sentais pas prêt. J'ai certains amis qui ont déjà eu des mots durs face à l'homosexualité.
Aujourd’hui, j’ai peur que celui ou celle à qui je confie ce secret ne comprenne pas que c'est difficile à porter et que tout le monde n'est pas gay-friendly... J'ai peur que celui ou celle à qui je le confie le prenne trop à cœur... J'ai peur qu'il ou elle se pose des tas de questions, trop de questions comme je me les suis déjà posées moi-même... J'ai peur de ne pas avoir de soutiens. J'ai peur que mes parents tombent dans le "qu'en dira t-on". J'ai surtout peur que ce secret tombe dans l'oreille de mes amis à qui je me suis promis de ne pas le dire avant d'être vraiment forgé.
Mon état d’avancement est au point où j’avais écrit un texte destiné à une amie mais que jamais je ne lui donnerai, il est trop pathétique et, je me suis rendu compte que je lui donnais plus d’importance que ce qu’elle m’en donnait… Je ne connais personne qui ait réussi à vraiment gagner ma confiance, or j’ai vraiment besoin d'avoir confiance en la personne à qui j’annoncerai ça en premier…

Voici, le texte que j’avais rédigé :
"Je suis un homme révolté.
Mais je ne me suis pas révolté par plaisir.
Je me suis révolté parce que ma vie, et il n'y a pas d’autres mots, ma vie m’a forcé à me révolter.
Me révolter face à une idée, d’abord. Cette idée que j’ai eu tant de mal à accepter et que j’ai passé une bonne partie de ma vie à réfuter. L’idée selon laquelle je préférais les garçons. Jusqu'au moment où j’ai compris que je ne pouvais pas me révolter contre cette idée.
Je me suis révolté contre moi-même. Déjà que je n’avais aucune confiance en moi, je te laisse imaginer la haine que j’ai développée contre moi… un temps je me suis détesté et ce n’est pas facile de se détester soi-même. Aujourd’hui, j’essaie de me sentir bien dans mon corps, dans mon esprit, dans mes convictions, ce n’est pas simple et c’est long mais j’essaie… Après, quand j’ai accepté l’idée et que je me suis accepté avec elle ancrée dans mon être,
je me suis révolté contre les autres, c’est eux qui m’ont transmis cette haine, c’est eux qui m’ont conditionné pour vomir ce que j’étais… Dans les manifs pour tous, c’est de moi qu’ils parlaient, j’avais 14 ans, j’avais terriblement mal, mais pourquoi étaient-ils si violents ? Crois-tu que c’est facile à vivre ? Des gens meurent de faim, des gens font la guerre, des espèces disparaissent mais ce qui mobilise le plus c’est d’empêcher deux hommes de s’aimer… Sais-tu ce qui rassemble toutes les religions ? C’est l’homophobie, le seul sujet sur lequel elles sont d’accord, c’est lorsqu’il s’agit d’homosexualité…
Je me suis révolté contre les religions. J’ai cru un temps qu’elles prêchaient l’amour… Sans doute prêchent-elles l’amour, mais pas pour moi, selon elles je ne mérite pas cet amour, c’est de la haine qu’elles prêchent. Malgré toute ma bonne volonté, je ne peux pas être croyant, ce n’est pas la seule raison mais c’en est une. En revanche, je n’éprouve aucune révolte envers les croyants, ça serait le comble pour moi de ranger les gens dans des catégories.
Enfin, je me suis révolté contre l'intolérance, j’ai compris que c’est elle le fruit de tous mes problèmes, ce n’est pas moi, ce n’est pas les autres, ce n’est pas la religion la source du problème. C’est l'intolérance qui émane de chacune de ces trois entités. Mais dans chacune, tu trouveras cette chose qui combat l'intolérance. J’en fais dorénavant partie, j’aime me dire que chacun, peu importe finalement ses croyances, ses dogmes, ses origines, ses cultures, ses goûts musicaux, ses goûts vestimentaires… Peu importe, chacun me rend plus grand, plus fort, plus intelligent… "Si de moi tu diffères mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis" disait Antoine de Saint Exupéry, j’en suis convaincu et je me battrai jusqu’au bout pour convaincre chacun, un à un.
Finalement, j’aime les hommes. Et tu peux te foutre de ma gueule parce que c’est écrit sur mon front. Tu peux aussi moquer mon manque de courage parce que je ne suis pas capable de te le dire en face. Mais crois-moi, il m’a fallu bien du courage pour avancer dans la vie avec cette absence d’amour propre. Il m’a fallu du courage pour oser me regarder en face et me dire “je suis gay”. Il m’a fallu du courage pour aller contre ma raison et t’envoyer ce message.
Et si par malheur, tu le prenais mal, eh bien je me tais et te supplie d'en faire autant… ".

 
Témoignage reçu initialement en février 2016, remanié et publié en mars 2017
 
 

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