émoignage

Mon homosexualité et mon enfance, deux choses liées
Bonjour !
Alors, je vais me présenter en premier lieu ! J'ai 17 ans, je vis en Suisse et je suis gay. Je n'ai plus honte de le cacher maintenant, sauf à mes parents à cause de la religion.
Alors, j'ai véritablement pris conscience que j'étais gay à 14-15 ans, mais je ne l'acceptais pas. Je me disais que cette façon de toujours me retourner sur les beaux mâles et d'éprouver une certaine admiration et attirance était dû au manque de confiance en moi et surtout en mon physique. En effet, je ne suis pas très mince, ni très musclé, donc je me disais que je les regardais parce que j'avais envie d'être comme eux ou quelque chose comme ça. Pour moi, je n'étais pas homosexuel et je n'y pensais que très rarement.
Mais vers l'âge de 16 ans, j'ai commencé à éprouver bien plus que de l'attirance ou de l'admiration et je suis tombé amoureux d'un garçon, qui n'est pas forcément comme ceux auxquels je me "comparais". Ce garçon, qui est hétéro, a été le premier à qui j'ai révélé mon homosexualité. Quelle erreur, il a complètement changé de comportement, sans devenir insultant ou violent à mon égard mais disons que maintenant je le déteste. A partir de cette petite "aventure", j'ai commencé à me dire que j'étais effectivement gay. Je l'acceptais mais je ne pouvais pas le "montrer" autour de moi - du moins, c'est ce que je pensais - à cause de la peur de la réaction des autres et surtout celle de ma famille.
Puis, au début de cette année 2010, je l'ai confié à une fille de ma classe qui se demandait pourquoi je n'allais pas bien (j'étais en dépression). Cette fille était musulmane, comme moi et donc ma famille, j'avais un peu peur de le lui confier mais je l'ai quand même fait. Cette fois-ci, ce fut une bonne idée, elle l'a très bien pris et m'a réellement aidé. J'avais trouvé quelqu'un avec qui en parler et ça m'avait vraiment aidé.
Cependant, la peur de l'annoncer à mes parents a été trop grande et en avril, j'ai fait une tentative de suicide. Lors de ma tentative, ma seule envie était vraiment d'en finir, ce n'était pas un appel au secours pour moi. Je n'en pouvais plus de ne pouvoir me confier à personne et surtout de me sentir si isolé, si perdu. J'en avais certes parlé à cette amie mais cela n'allait jamais très loin, c'était surtout du soutien qu'elle m'apportait mais pas réellement de réponses à mes questions.
Je suis donc arrivé à l'hôpital et je vous avoue que j'avais vraiment très très peur, non pas de mourir mais tout simplement des questions qu'on allait me poser et je me disais que mes parents allaient être au courant pour moi et tout serait pire qu'avant. Mais ce ne fut pas le cas, les médecins ne m'ont posé que le strict minimum et ne m'obligeaient pas à répondre à toutes leurs questions si celles-ci me gênaient. Ils ont été vraiment gentils avec moi. Puis, le lendemain, un psychologue accompagné d'une infirmière (ils travaillent en binôme) sont venus discuter avec moi. J'étais vraiment mal à l'aise au début, mais petit à petit j'ai repris confiance et j'ai pu leur dire ce qui n'allait pas. Leur parler de mon homosexualité a vraiment été un pas immense pour moi, ils m'ont redonné confiance et cela m'a permis d'en parler le lendemain à mes deux meilleurs amis et à ma sœur.
Cela peut paraître bizarre que tout d'un coup, après presque 5 ans de crainte, je me décide à leur révéler qui je suis réellement mais je crois vraiment que le fait d'en parler à des gens neutres et qui ne sont pas là pour vous juger est vraiment important. Dans une certaine mesure, ma tentative a fait bouger les choses, car sinon je pense que je n'aurais jamais osé en parler à quelqu'un d'autre, je n'aurais jamais écrit ce témoignage et je serais resté dans une dépression profonde. Depuis, j'ai pu le confier à la majorité de mes amis et à ma
sœur. Je suis également suivi par une psychiatre, j'ai pris contact avec une association et j'accepte vraiment mon homosexualité. J'attends juste le bon moment pour l'annoncer à mes parents (il y a quelques problèmes avec mon frère donc je n'ai pas envie de leur "infliger" quelque chose d'autre.)
Et justement, maintenant je peux me rendre compte que mon homosexualité ou ma différence existait bien avant la puberté. Bien sûr, ce que je vais dire ne concerne que moi et je ne dis pas que tous les gays étaient pareils à l'enfance, j'en sais rien.
Quand j'étais petit, je n'ai jamais vraiment été proche de mes cousins ou amis hétéros, je n'ai jamais pris plaisir à jouer à ce à quoi ils jouaient : le sport, les jeux de "bagarre", et plus tard : les filles. Je jouais malgré tout souvent avec mon cousin car nous partagions une même passion, les jeux vidéos, et nous nous amusions à nous imaginer être un des personnages de nos jeux favoris et nous nous inventions des aventures dans la vrai vie (nous allions dans la forêt où se cachait un trésor ou un monstre très puissant etc). Quelque chose de normal me direz-vous, sauf que les personnages que j'incarnais étaient majoritairement féminins. En effet, j'étais beaucoup plus à l'aise avec les filles que les garçons, c'est pourquoi je suis toujours resté auprès de ma
sœur ou de ma mère et jamais de mon père ou de mon frère. C'est horrible ce que je vais dire mais parfois j'ai l'impression que je n'ai pas de frère. On pourrait penser qu'au lieu d'être gay, je souffre d'un trouble de l'identité de genre (je dis trouble, mais je ne considère pas cela comme une maladie ou quelque chose de mauvais) mais maintenant je sais que ce n'est pas le cas. J'aime être un homme et je ne m'imagine plus en fille, je pense que c'était vraiment un moyen d'avoir des désirs "normaux" et je m'imaginais donc en fille.
Malheureusement, vers 10 ans, cette belle amitié avec mon cousin a vite disparu étant donné que les autres garçons (maintenant des "racailles" et autres niaiseries) ont commencé à se faire plus nombreux et mon cousin partageait avec eux beaucoup de points communs : le foot et autres jeux qui ne m'intéressaient absolument pas. J'ai donc passé à peu près deux ans de ma vie seul ou avec ma
sœur, chez moi. Puis après j'ai eu d'autres amis, mes meilleurs amis, mais ceux-ci ont également pris part aux activités que je n'aimais pas. J'avais quelques amis dans ma classe mais je ne les voyais pas en dehors de l'école, donc j'ai passé (et c'est encore le cas maintenant mais j'essaie de changer ça) la grande partie de mon temps soit à l'école soit chez moi.
J'ai toujours eu quelque chose de différent des autres et on me l'a souvent fait remarquer. Même sans savoir la raison, les gens n'étaient pas très à l'aise avec moi et on ne me parlait pas souvent, sauf mes rares amis. Ce qui montre bien que la peur de la différence est vraiment présente et c'est très triste.
Pour en revenir à maintenant, mes meilleurs amis sont au courant pour moi et l'ont totalement accepté et me soutiennent. Ma
sœur me soutient également et je suis donc encore plus proche avec elle et toute ma classe actuelle devrait le savoir d'ici quelques semaines (les nouvelles vont vite). La prochaine étape serait de l'annoncer à mes parents (et je ne cache pas qu'une relation avec un autre garçon ne serait pas du luxe, hu hu.).
En tout cas, en vous écrivant cela, je me rends bien compte que ma détresse et mon malheur se sont transformés en espoir et en bonheur ! Donc je souhaite à tous ceux ou celles qui vivent encore mal leur homosexualité qu'ils puissent enfin trouver la joie de vivre leur vie qui est la leur et non celle des autres et aussi leur dire que rien n'est impossible, tout finit par s'arranger (ou presque).



La réponse de C'est comme ça :
Marc,

Merci d'avoir partagé avec nous un morceau de ta vie. Sur notre site, tu es le premier à parler en détail de ton enfance et de ce que tu ressentais à ce moment-là.
Il y a une chose sur laquelle nous voulons insister : la possibilité de faire un parcours semblable au tien, mais moins violent, sans la tentative de suicide. Tu as expliqué de quelle manière elle a déclenché un processus qui a abouti à ce que tu te sentes et t'acceptes mieux. Ce que nous souhaitons à tous et toutes, c'est de trouver ce processus sans la violence extrême d'une tentative de suicide.
En fait, tu as réussi à parler. D'abord aux médecins, puis au psychologue et à l'infirmière, et enfin à tes deux meilleurs amis et à ta soeur. Maintenant tu es suivi par un psychiatre, tu as pris contact avec une association, et tu écris : "j'accepte vraiment mon homosexualité".

Le plus important, pour un ou une jeune qui se pose des questions sur son orientation sexuelle, ou se découvre attiré-e par des personnes du même sexe, ou se vit dans un sexe opposé à son sexe de naissance, c'est de pouvoir en parler. De trouver un interlocuteur. Une fois cet interlocuteur attentif et chaleureux trouvé, les choses avanceront à leur rythme, mais elles avanceront. Cet interlocuteur, vous seul-e-s pouvez le trouver, adulte ou jeune, extérieur ou non à la famille, au groupe d'amis, professionnel ou non, du moment qu'il vous permet d'exprimer ce que vous ressentez, sans jamais vous juger, sans jamais faire des choix à votre place. L'écoute qu'il vous propose doit avoir pour but de vous aider à trouver vos propres réponses.

Si vous pensez ne pas le trouver dans vos amis, votre famille, pensez à tous ceux dont le métier touche à l'éducation, l'enseignement : professeurs, conseillers d'éducation, documentalistes... Parmi eux, il y a certainement celui ou celle qui saura vous entendre. Nous citons toujours plus particulièrement les infirmières et médecins scolaires, parce qu'ils ont une obligation de secret professionnel très stricte. Enfin, les associations permettent de rencontrer d'autres personnes qui se posent des questions analogues et de se sentir moins seul.



Pour témoigner sur le site de C'est comme ça, vous pouvez écrire à l'adresse suivante : cestcommeca@sos-homophobie.org. Attention à bien lire la charte des témoignages avant de nous écrire.


 


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