émoignage

Itinéraire d’un p’tit gars

Bonjour, je m’appelle Alexis*, j’ai 20 ans et je viens des Vosges mais je suis né en Alsace. Tout a commencé en septembre 2009, à l’arrivée dans mon nouveau lycée : pour des raisons de localisation, je dus devenir interne. C’est là que je me suis rendu compte de mon orientation sexuelle mais aussi que le chemin allait être long…
En effet c’est en étant interne que j’ai commencé à regarder les garçons, à les admirer, à les trouver craquants, mais n’étant pas très populaire et étant le bouc-émissaire, je n’osais rien dire. Si j’étais le bouc-émissaire c’est parce que, il faut le dire, je ne me défendais pas beaucoup, et alors j’étais une proie facile. Du coup j’ai commencé à me refermer sur moi-même et à ne plus trop communiquer. Je dois admettre que ça a été une erreur car ça n’a fait qu’empirer les choses. Et de là sont nées les rumeurs et les insultes, les mots qui blessent comme « victime » et tous les autres. Mais un jour, le plus beau moment qui puisse m’arriver à cette période arriva : être amoureux de mon camarade de classe, Guillaume, celui qui dormait juste dans la chambre d’en face. Il m’a fait chavirer. Il était beau, si cool, je l’appréciais, je l’aimais. Devenus amis, nous parlions beaucoup, on riait, on se battait, on s’est fait la gueule, de vrais amis. Et puis est venue l’année de terminale…
La terminale, la fin d’une période, mais la plus belle. L’année des expériences, du soutien moral et de la protection. Eh oui ! En terminale j’ai craqué, j’en ai eu marre de me faire maltraiter. J’avais la ferme intention de passer mon bac et de me casser. Et c’est avec l’aide de mes ami-e-s et Guillaume, avec l’aide de mon CPE que c'est allé mieux. Pour la petite histoire, j’étais dans The Class : des gens toujours à l’écoute, trop peut-être, ils voulaient tous m’aider, surtout Adeline – Ha ! Adeline, une amie comme ça, ça ne s’achète pas ! Elle avait le même but que moi : réussir et partir de ce lycée. Et enfin il y a eu l’aide d’Agnès, la dame de l’accueil, fan de Cloclo, qui tous les mercredis m’envoyait mon courrier – c’est grâce à cette personne que nous avons tout fait pour me faire passer ma fin d’année dans les meilleures conditions. Et le 2 juillet…
2 juillet 2012, adieu tous les cons du lycée et juste au revoir Guillaume, Agnès, Adeline, et Victor et Estelle, mes deux autres amis de classe. J’ai mon bac. Quand je l’ai appris, j’étais loin, car je travaillais avec mon père (un père à sa manière, mais je l’aime quand-même) dans son usine à Saint-Louis. Quand il l’a appris, il m'a serré dans ses bras et m'a félicité. Je n’ai revu mes ami-e-s que trois mois plus-tard, pour une dernière soirée avant de rentrer pour un an chez moi. Je continuais de parler à Guillaume et Adeline qui furent et seront toujours mes confidents. Car ils me comprennent, ne me jugent pas. Même quand j’ai fait mon coming out…
Mon premier coming out, je l’ai fait auprès de Guillaume, le 31 octobre 2013. Ce jour-là, je lui ai avoué que je l’aimais depuis toujours, que je l’aimais plus que tout… Sa réaction fut horrible puisqu’il m’a étranglé et frappé. Il m’a demandé de sortir, de dégager. Après quelques minutes, après qu’il s’était calmé je présume, il m’a envoyé un message où il me demandait où j’étais. À ce moment-là, je me trouvais juste en bas à écouter Bang Bang de Dalida. Je lui ai répondu, il est descendu, m’a retrouvé, s’est excusé et m’a serré dans ses bras pour me dire qu’il aimait les filles et de plus que j’étais comme un frère pour lui. Il m’a juré qu’il m’acceptait et qu’il me protégerait dans les coups durs. Il a tenu sa promesse et m’a aidé. Après est venu, deux mois plus tard, mon deuxième coming out….
Mon deuxième coming out, il s’est fait indépendamment de ma volonté, par un malheureux concours de circonstances. Un soir, alors que j’étais avec mon petit-ami au ciné, arriva Gaëtan (un ami que je m’étais fait lors d’une année à Nancy) et son petit-ami. Ils nous surprirent nous embrassant et me lancèrent : "Eh ben ! On ne s’ennuie pas !". Il ne savait pas pour moi, alors on s’est mis d’accord pour ne rien dire. Ensuite, en fin d’année en discutant avec d’autres amis de Nancy, Lucille, Mélanie et Justine, le voile tomba. J’ai trop parlé de ma relation avec mon copain en m'emmêlant dans les prénoms masculins et féminins, Lucille m’a fait : "Mais comment tu vas faire, mon pauvre ?, tu parles trop !", aussitôt Mélanie a fait : "pour Alex, c’est ELLE", elle répondit : "on ne sait pas". À ce moment-là, je souriais de plus en plus et je leur ai confié que j’aimais les hommes. Elles furent surprises et elles se mirent à me poser mille et une questions. Parmi celles-ci était : "Tes parents sont au courant ? T’as fait ton coming out ?". Je leur ai répondu à toutes sans exception. Mélanie s’est permis quelque liberté dans ses questions, comme "Qui fait la fille ?" et je lui ai répondu dun air amusé.
Mes deux derniers coming out se firent le 27 juin 2014 pour ma mère et ma sœur et le 22 septembre 2014 pour mon père.
27 juin 2014, alors que je regardais tranquillement la télé, j’avais prêté mon ordi à ma sœur pour qu’elle me règle un souci avec un logiciel. La seule chose que j’avais oubliée, c’est que j’avais laissé une certaine photo sur mon bureau qui aurait dû se trouver dans son dossier. Et là, elle m’a demandé si j’aimais les garçons. J’ai affirmé que non, que c’était pour déconner, mais quand on voit une photo de son frère rouler une pelle à un autres mec, il ne peut pas mentir longtemps. Alors j’ai dit la vérité. Devant ma sœur et devant ma mère, j’avais horriblement peur, j’avais envie de m’enfuir. Mais à ma grande surprise, elles ont pris toutes les deux merveilleusement la chose en m’expliquant que du moment que j’étais heureux comme ça, c’était l’essentiel. C’est la plus belle preuve d’amour qu’on ait pu me donner. Aujourd’hui, on en parle sans problème, on en rigole même des fois, des fois ça part trop loin, surtout quand c’est ma mère ! Ma mère, la personne la plus fantastique que je connaisse. Elle est toujours là pour moi, pour réparer mes affaires et prendre soin de moi. Et ma sœur toujours à me dire ce qu’il faut faire, mais toujours prête à faire une bonne blague à ma maman.
19 septembre 2014, installé depuis un mois à Amiens, je décide d’envoyer une lettre à mon père. Comme je le disais plus tôt, un père à sa manière, pas très doué pour les choses, un peu ronchon et tout le temps fatigué… Je lui ai annoncé mon homosexualité (et qu’il ne me verra jamais avec la petite serveuse du restaurant de la poste avec qui il essayait de m’arranger le coup !). Pendant trois jours, ce fut le stress total. Et à midi le 22 septembre, le stress est retombé quand mon père m’a appelé pour m’expliquer qu’il comprend et que c’est ma vie, que je la vis comme je veux. Enfin du moins il me tolère, car il y a une semaine mon père m’a fait comprendre qu’il aurait aimé un fils normal. Mais que veut dire normal ? Être comme la majorité et être hétéro et rogner ce que l’on est ? Alors non jamais ! Malgré tout, il m’aime quand-même, il est au courant, c’est l’essentiel.

Voilà… Maintenant, soyez vous-mêmes et vivez !

 
Témoignage initial reçu en décembre 2014
 
* le prénom a été modifié

 
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