émoignage

La face cachée du bonheur

Je vous fais part de mon témoignage concernant ma première histoire d'amour. Un mélange entre passion et désillusion. L’histoire est un peu longue mais j'ai essayé de faire au plus court en ne réunissant que les points les plus importants.
Tout a commencé quand j’avais 16 ans. Je pratique un sport réputé pour compter un grand nombre de filles lesbiennes mais jusque là je ne m’étais pas posé de questions sur mon orientation sexuelle. Tout débute début janvier, seulement deux mois après ma séparation avec mon dernier ex, qui se trouve être un garçon. Je jouais depuis un an avec une équipe de fille mais je n’avais pas spécialement parlé avec toutes. Un jour, alors que nous faisions un match de coupe, une de nos joueuses s’est blessée. Une blessure à la cuisse qui l’empêchait même de marcher. Alors que nous rentrions au vestiaire à la fin du match j’étais parmi les dernières du groupe et en me tournant je vis cette fille boiter, un peu à la traîne quelques mètres derrière moi. Ayant pitié de celle-ci je lui ai finalement proposé de l’aider à marcher. Ce fut sûrement l’une des premières fois où je lui ai adressé la parole. Le soir même, naviguant sur Facebook, je décide de prendre de ces nouvelles car depuis je pensais pas mal à elle. Nous n’avons pas discuté longtemps sur le net avant qu’elle sorte une excuse pour me donner son numéro. À partir de ce moment tout a changé. Au tout début nous nous parlions peu mais cela s’est très vite amplifié au fur et à mesure des mois. Je ne me posais pas vraiment de questions sur la situation jusqu’au jour où mon téléphone s’est éteint en plein cours car je n’avais plus de batterie. J’étais envahie d’une sorte de colère et de tristesse en même temps. C’est à ce moment là que j’ai compris que j’étais en train de tomber amoureuse. Je savais qu’elle avait une copine même si elles n’étaient plus heureuses ensemble. Et le jour de la Saint-Valentin, alors même qu’elle devait passer la soirée avec sa copine, je décidai alors de couper court à cette relation et de m’éloigner avant qu’il ne soit trop tard. Mais il était déjà trop tard… Je n’ai pas tenu longtemps sans avoir de ses nouvelles et elle non plus d’ailleurs. J’appris qu’elle s’était séparée de sa copine et ce qui devait arriver arriva nous nous sommes mises ensemble.
L’idylle était trop belle pour être vraie. En effet, le jour où mes parents l’ont su ce fut la guerre. Ma mère a eu des propos très durs envers moi, comme par exemple : "Qu’est-ce qu’on a raté avec ton père pour que tu deviennes comme ça ?" ; "Je refuse que quelqu’un au travail vienne me voir pour me dire putain ta fille se tape une autre fille" ; "Je refuse que tu t’envoies en l’air avec une autre fille" ou encore "Si ton grand père refait un infarctus ce sera à cause de toi, tu veux qu’il meurt par ta faute !?". Elle a voulu que je mette un terme à cette relation, chose que je n’ai pas faite mais que je lui ai fait croire. Le jour où elle s’est rendue compte du mensonge elle m’a remis une pression quotidienne. Elle a menacé de porter plainte contre mon amie, qui était déjà majeure à l’époque et qui travaillait dans la police. On se voyait uniquement en cachette, on devait redoubler d’imagination pour se voir sans que ma mère ne le sache. La dernière fois où elle l’a su, ma mère m’a enfermée dans ma chambre sans aucun moyen de communication (téléphone, ordinateur, etc.) pendant tout un week-end. Heureusement j’avais l’iPod de ma copine qu’elle m’avait prêté. J’ai pu la prévenir et elle est venue jusqu’à chez moi pour parler à mes parents. Quand elle s’est présentée devant chez moi ma mère l’a tout d’abord rejetée puis l’a laissé entrer. Ils ont tous trois discuté pendant une bonne demi-heure, puis ma mère m’a demandé de descendre. Elle m’a placé en face de ma copine et lui a demandé de parler. Laurie m’a dit en me regardant dans les yeux qu’elle me quittait, que nous ne pouvions plus être ensemble, sous le regard satisfait de ma mère. Évidemment c’était de nouveau une supercherie de notre part pour que ma mère nous laisse tranquille, même si je ne vous cache pas le déchirement que cela cause en vous-même. Une situation aussi triste et horrible que celle-ci ne devrait pas se produire. J’avoue avoir cru moi-même à la séparation à ce moment précis.
Nous avons tenu après cet épisode dix mois environ. Nous vivions désormais encore plus cachées que jamais. Mais tout ça a détruit notre couple. La pression était palpable au quotidien et a créé des tensions entre nous. Le dernier mois nous nous sommes beaucoup disputées et nous avons fini par nous séparer. Une semaine après elle s’était mise avec une autre fille. Je n’ai plus reconnu la personne que j’avais aimée, tout avait changé. Nous nous sommes de plus en plus éloignées.

Aujourd’hui cela fait cinq mois que je n’ai plus aucune nouvelle d’elle et un an que nous nous sommes séparées. Je n’ai jamais réussi à l’oublier malgré la distance et diverses relations avec des hommes et des femmes. J'ai éteint les sentiments que j'avais pour la première fille avec qui je suis sortie car c'était nécessaire pour me permettre de continuer d'avancer. Pour combler le vide qui m'envahissait depuis des mois, j'ai trouvé ma motivation ailleurs. C'est tout d'abord le travail et mon avenir professionnel qui m'ont permis de m'en sortir. Toutes ces histoires m'ont beaucoup perturbée dans mes relations amoureuses car j'ai maintenant énormément de mal à faire confiance. Délaissée par une personne m'ayant promis de nombreuses choses, je ne suis plus capable aujourd'hui de croire réellement en ce que l'on me dit. Je suis passée par une phase de déni où je ne souhaitais plus avoir aucune relation amoureuse de quelque côté que ce soit, et encore moins du côté le plus risqué. Puis j'ai rencontré une autre fille. Elle me semble différente des autres mais il y a quand même ce petit quelque chose qui cloche. Ça ne fait pas longtemps que nous sommes ensemble, je suis vraiment bien avec elle mais je ne me pose pas trop de questions.
Au niveau relationnel avec ma famille, c'est toujours plus ou moins compliqué. Je me suis un peu rapprochée d'eux mais ce n'est pas tous les jours facile. Il y a mon père dont je suis devenue plus proche qu'avant, ma sœur à qui je ne dis plus rien... sûrement un sentiment de trahison (elle savait tout de mes histoires et a pris plus ou moins le parti de ma mère). Avec cette dernière ça va quand même beaucoup mieux. Je lui ai en partie pardonné comprenant sa situation, ce qu'elle a pu ressentir. Mais ce n'est tout de même pas la meilleure relation que j'aie pu avoir avec elle. Je lui dis désormais ce qu'elle veut entendre. Cette histoire m'a beaucoup fait grandir. J'ai ressenti un grand besoin d'indépendance. Je ne vis plus chez mes parents et je ne reviens que rarement les voir. Je tiens quand même à préciser que malgré tout ça je les aime tous énormément et que je passe de bons moment avec eux. Je ne suis pas en guerre avec eux, bien au contraire, et je sais qu'ils feraient tout pour moi :-). Parfois j'ai l'impression que rien ne s'est réellement passé et que tout va bien, mais ce n'est pas très souvent, car ma situation actuelle me rappelle la réalité des choses.
Maintenant je m'efforce d'avoir deux vies en parallèle. Une vie où je suis ce que veut mon modèle familial et une autre où il y a mes amis, mes conneries et mes relations amoureuses, aussi variées soient-elles. Pour le moment c'est le seul moyen pour moi de vivre à fond de chaque côté ce dont j'ai envie. L'une des contraintes que je ressens le plus c'est l'affichage au niveau familial. Voir tous mes cousins, cousines, mes oncles et ma sœur avoir les relations qu'ils souhaitent et faire intégrer comme bon leur semble leur moitié. Ainsi que de passer pour la fille célibataire qui bientôt complètera le tableau familial avec un jeune homme qui correspondra à ce que l'on souhaite pour moi.
Je suis actuellement en phase de reconstruction personnelle cherchant à prendre les bonnes décisions. En effet je pense que l'une des pires choses qui puissent exister dans la révélation de son orientation sexuelle à ses parents, c'est bien de devoir subir au quotidien une pression indéfinissable. Si l'on est amené à rester chez ses parents une telle situation est juste totalement insupportable au niveau psychologique. Les conséquences sont très importantes et j'aimerais que les parents amenés à affronter ce genre de "problèmes" à l'avenir le sachent. La parole est la plus terrible des armes, elle laisse des blessures qui peuvent mettre beaucoup de temps à guérir. Alors autant bien y réfléchir...


 
Témoignage initial reçu en mai 2015, complété en octobre 2015
 
Le commentaire de C'est comme ça :
Le témoignage de Mélanie* est très poignant et dit des choses très fortes sur l'emprise que notre famille peut avoir sur nous. La façon dont sa mère a voulu lui interdire de vivre ses amours pose question, et ce d'autant plus qu'elle lui a également dit des choses extrêmement violentes. Certains parents font parfois de l'homosexualité d'un enfant du même sexe qu'eux une affaire étrangement personnelle. Il est alors important — si la chose est possible — de rappeler gentiment à son père ou sa mère que l'on n'est pas lui ou elle et que l'on ne "fabrique" pas son enfant, et encore moins sa sexualité (qui n'est du reste pas un choix ni quelque chose que l'on peut façonner à sa guise).

* Le prénom a été modifié.


Pour témoigner sur le site de C'est comme ça, vous pouvez écrire à l'adresse suivante : cestcommeca@sos-homophobie.org. Attention à bien lire la charte des témoignages avant de nous écrire.

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