émoignage

Ma vie a changé

Bonjour je m’appelle Clément et j’ai aujourd’hui 15 ans. Je vais vous parler de mon enfance, de mes années collège et de mon coming out.
Tout d’abord quand j’étais petit j’étais bien différent des autres petits garçons de mon âge : je préférais la danse au foot (au grand désarroi de moi père), je jouais uniquement avec des filles en primaire et la plupart de mes jouets étaient destinés aux filles. Déjà, en primaire, je ressentais une certaine attirance pour les garçons, mais je ne pouvais pas mettre de nom sur cette attirance à mon âge.
Ensuite vint le collège. Quand je suis arrivé en sixième je n’avais aucune idée de la définition du mot "homosexuel" mais je commençais à voir que j’étais différent et les autres aussi le voyaient et ne manquaient pas ne me le faire remarquer par des insultes comme "pédé".
En cinquième j’ai, je pense, fait la plus grosse erreur de ma vie en essayant de changer. Je savais que j’étais homosexuel, que j’avais une attirance évidente envers les garçons, mais je me refusais à cette idée. Elle m’était insupportable. J’avais peur, peur de me faire insulter encore plus si je le disais, peur de ne pas être accepté dans cette société alors j’ai décidé de changer. Tout au long de mon année de cinquième j’ai mis tout en œuvre pour devenir "un vrai garçon". Je voulais juste me fondre dans la masse mais je ne faisais que me détruire un peu plus, je n’étais pas intègre avec moi-même.
En quatrième j’ai arrêté d’essayer de devenir "un vrai garçon", c’était beaucoup trop dur. Mais bien sûr les insultes étaient toujours là, sauf que chaque jour j’encaissais un peu plus difficilement.
Quand mon année de troisième arriva je ne pouvais me douter que ma vie allait changer. En effet la plupart des homophobes sont partis en classes professionnelles (DP6) et je me suis retrouvé dans une classe avec des gens ouverts d’esprit. Je me suis d’abord fait de nouveaux amis, de vrais amis. Une en particulier, Laura, m’a fait découvrir l’univers de la mode. J’avais intégré un groupe fait de gens populaires. J’avais aussi pris goût à un art et mes résultats scolaires ont augmenté. Bien sûr je recevais encore quelques insultes mais la quasi-totalité des troisièmes m’appréciaient car enfin je devenais une vraie personne. J’étais moi même, je ne cherchais plus à devenir quelqu’un d’autre et mon coming out a été une vraie libération.
Un simple matin d’hiver j’ai pris ma meilleure amie à part et je lui ai dit simplement "je suis gay". Elle m’a pris dans ses bras et on a rigolé ; dans la journée je l’ai révélé à mes autres amis proches qui l’ont tous bien pris. Une semaine plus tard, tous le collège était au courant et depuis ce jour plus personne n’a osé venir m’insulter. Je pouvais être moi même, je n’avais plus à me cacher, je me rapprochais de mes amis, je pris l’initiative de changer de coupe, de revoir ma garde-robe et j’ai commencé à rêver d’avenir. Ce que je veux dire c’est que depuis ce coming out je peux faire ce qu’il me plaît et que cela a vraiment changé ma vie.
En fin de troisième, j’ai décidé de faire mon coming out à ma mère qui l’a bien pris. Nous étions sur des transats en train de bronzer quand elle m’a demandé : "tu es plutôt attiré par les garçons ou les filles ?" Je lui ai simplement répondu : "par les garçons". Elle a fait mine d’être étonnée, mais ensuite m’a révélé qu’elle s’en doutait depuis toujours.
J'ai convenu avec elle qu'elle
en parlerait à mon père et à ma tante. Ma tante m'en a parlé après et m'a dit que ça ne la dérangait pas. Mon père n'a d'abord rien dit avant de me faire comprendre un jour que le principal était que je sois heureux quoi qu'il arrive. Ce n'est pas un sujet de conversation pour lui mais il ne l'ignore pas.

Depuis cette classe de troisième ma vie a complètement changé, je suis bien dans ma peau, je n’ai plus peur et je peux faire ce qui me plaît. Dans mon collège, aucun autre n'a fait son coming out après le mien. J'étais le seul homosexuel.

Témoignage reçu en août 2013


Le commentaire de C'est comme ça :
Le témoignage de Clément nous rappelle que souvent les enfants et les adultes interprètent un comportement de garçon (ou de fille) atypique comme un signe d'homosexualité. C'est particulièrement vrai pour les jeunes garçons qui apprécient les jeux de filles, voire aiment s'identifier à des personnes féminines. On les appelle de plus en plus souvent des "pink boys" (des garçons roses). Ça a toujours existé, sans doute, mais cela fait très peu de temps que le regard des familles et des autres enfants, jusque là très négatif, a commencé à changer. C'est comme ça a fait un article sur ce sujet, qui donne lieu à beaucoup de confusions. En particulier, les garçons qui jouent à la poupée ne deviennent pas forcément homosexuels ou transgenre, encore moins les filles que l'on qualifie de "garçons manqués"... Pourtant, ces mélanges et ces amalgames sont fréquents. Les enfants dont le comportement de genre n'est pas dans la norme font peur à certains parents et donnent un prétexte à l'intolérance des enfants et des adultes, qui sont souvent très méchants et humiliants. C'est un des nouveaux combats d'aujourd'hui que de lutter contre les stéréotypes sur les garçons et les filles.
Dans le cas de Clément, il se trouve qu'il s'est découvert par ailleurs homosexuel en grandissant, mais ce n'était pas écrit à l'avance par son choix de jouet ou sa bonne entente avec les filles.


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