émoignage

Vivre ses attirances au Maroc

Je m'appelle Candyce*, j'ai 14 ans et donc je suis actuellement en quatrième. Je sais, je suis "jeune" mais ça va bientôt faire 2 ans que j'ai compris mon attirance envers les filles.
Je crois que ce qui me pose le plus problème, c'est que je vis au Maroc, bien que française. Ici, trop de personnes se permettent d'être sexistes et homophobes. Vers mes 10, 11 ans, je me demandais juste ce que ça pouvait faire d'embrasser une fille, et j'ai remarqué que ça ne me dérangeait pas, mais je ne me posais pas de questions pour autant. Puis en mi-sixième, un camarade de classe a insulté un ami de "pédé" et moi j'ai automatiquement pris sa défense, et j'ai renchéri : "Et si je te disais que j'aimais les filles, tu me ferais quoi? Tape moi tant que t'y es !" Les regards des gens sur moi ont automatiquement changé, ma meilleure amie m'a fait un sourire gêné. En rentrant chez moi, je me sentais vraiment mal, parce que je voulais juste prendre la défense d'un ami et que je n'étais même pas sûre de ce que je disais. Le lendemain, je suis directement allée voir ma meilleure amie, à qui je n'avais pas encore parlé depuis la veille, elle m'a expliqué que c'était normal de se poser ce genre de questions et qu'elle serait toujours là pour moi, ça m'a fait un bien fou. Mais malgré tout, je n'étais plus vraiment pareille, je pensais beaucoup, et ma prof d'anglais l'a remarqué. À la fin d'un cours, elle m'a proposé de rester lui parler, je lui ai tout dit, elle m'a rassurée, et je suis restée lui parler plusieurs fois avant la fin de l'année.
 
Puis il y a eu les grandes vacances, j'ai eu mon premier coup de foudre, pour une fille, j'ai appris à la connaitre mais je ne lui ai jamais rien avoué. Pendant l'été par un hasard extraordinaire, j'ai écouté la chanson "I Kissed A Girl" de Katy Perry, elle m'a vraiment aidée à m'affirmer, mais ça n'a pas duré. En début de cinquième, je ne sais pas ce qui m'est arrivé, mais je broyais du noir. Je me sentais mal, j'avais l'impression d'être un monstre, je me détestais. Je pensais au suicide, à la scarification... Un jour je ne suis pas allée en cours, et le lendemain à la fin de mon cours d'anglais (par chance j'ai eu la même prof) ma prof m'a demandé si j'allais bien. J'ai fondu en larmes, je lui ai expliqué que j'avais fait une tentative et que je n'en pouvais plus de me sentir différente. Elle m'a réconfortée. Par la suite, je suis allée voir des psychologues et pédopsychiatres, mais il n'y a eu qu'une psychologue que j'ai bien aimée et avec qui j'ai accepté de discuter.
 
J'ai par la suite compris qu'on ne pouvait rien y faire, j'ai peu à peu accepté qui j'étais. Vers la fin de l'année, j'ai fait mon coming-out en postant une photo sur Facebook : "Bref, j'aime les filles, et oui je ne suce pas les mecs". Certaines personnes m'ont regardée bizarrement et m'ont posé des questions et d'autres m'ont directement félicitée. Maintenant je vais mieux, j'ai gardé espoir, je suis heureuse.
 
N'ayez pas honte, gardez la tête haute, restez fiers/fières.
 
Merci d'avoir pris en compte mon mail, et merci pour tout, pour le site, qui m'a beaucoup aidée !
 
Témoignage reçu en mai 2013

* le prénom a été modifié
 
La réponse de C'est comme ça :
Le témoignage de Candyce soulève la question délicate de l'homosexualité à l'étranger. Effectivement, il est radicalement différent d'être homosexuel-le par exemple en Nouvelle-Zélande, en Russie et au Cameroun... Même si les choses évoluent favorablement en France, nous n'oublions pas que les pays où l'homosexualité n'est pas poursuivie par la loi, voire qui promulguent les lois en faveur de l'égalité des droits, sont malheureusement encore minoritaires.
L'ILGA (International Lesbian Gay... Association) actualise régulièrement ses cartes de l'état de l'homophobie dans le monde. Au Maroc par exemple, être gay ou lesbienne est interdit et puni de peines d'emprisonnement. Même si
dans certains milieux et certaines villes, le regard sur l'homosexualité évolue, une grande partie de la société la réprouve. On comprend que dans un tel contexte, Candyce ait eu des difficultés à assumer la découverte de son orientation sexuelle.
Cependant, le sentiment qu'elle a eu d'être anormale, voire d'être un monstre et de se détester, peut survenir chez n'importe quelle personne LGBT à un moment de sa vie, et pour des raisons qui peuvent être différentes: homophobie familiale ou religieuse, rejets, difficulté de faire partie d'une minorité, etc. D'ailleurs, il n'y a pas non plus toujours de "raisons" qui expliquent que l'on se sente anormal-e. Ce sont des émotions que ressentent de nombreux/ses jeunes à un moment de leur adolescence, et le plus souvent ça passe en prenant de l'assurance. Pour l'illustrer, nous avons aussi reçu récemment le témoignage d'un jeune québécois qui emploie exactement les mêmes mots que Candyce. Alors, même dans un des pays les plus gay friendly du monde, les choses ne coulent pas forcément de source ? C'est pour cela que la solidarité dont vous témoignez ici est essentielle. Merci beaucoup pour vos témoignages riches d'encouragements !

Pour témoigner sur le site de C'est comme ça, vous pouvez écrire à l'adresse suivante : cestcommeca@sos-homophobie.org. Attention à bien lire la charte des témoignages avant de nous écrire.

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